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Mai 29

Et la famille s’agrandit (Le bout du tunnel)

Ceci est le dernier épisode d’une série de 4, afin de mieux comprendre ce qui va suivre, je vous invite à aller lire dans l’ordre : Episode 1, Episode 2, Episode 3.
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nMes poignets bleuis d’avoir tapé dans les murs me font réagir, je me suis fait vraiment et volontairement mal, c’est à partir de ce moment que je réalise qu’il y a quelque chose d’autre. L’idée de la dépression post-partum commence à me venir en tête. Cette incapacité à prendre du recul, ce désamour pour mon bébé, cette envie de rien, cette tendance à me culpabiliser pour tout et par dessus tout cette tristesse si intense qu’elle remplit tout mon espace, tous ces symptômes me poussent à envisager que je souffre vraiment.
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nAlors je commence à parler.
nJe parle à DrumMajor à qui le mot dépression fait peur, il me dit qu’il n’y croit pas, que c’est la fatigue, mais il m’écrit des mots d’amour dans la neige.
nJe parle à MissT, je profite de lui donner son bain pour lui dire que ce n’est pas de sa faute si je ne vais pas bien, que j’aimerai pouvoir l’aimer autant qu’elle le mérite, que je n’y arrive pas, que je fais mon possible pour m’en sortir.
nJe parle à mon ostéopathe, qui me dit de la laisser pleurer. Elle hurle toute une nuit, je chiale toute la journée suivante.
nJe parle à ma sage-femme qui, très compréhensive, m’écoute, me laisse vider mon sac.
nJe parle à ma belle-sœur, qui m’avoue avoir beaucoup pleuré les 3 premiers mois de vie de sa fille.
nJe parle à mon médecin, qui m’envoie péter avec mes délires de dépression, non je n’ai qu’à la reposer dans son transat après la tétée et elle va bien finir par s’y habituer. C’est pas bon de trop garder les bébés contre soi. J’en braie toute la journée.
nJ’écris ma détresse sur FaceBook, je reçois des messages qui font chaud au cœur, d’autres qui me disent de tenir bon, que ça va aller. Mais ça ne va pas mieux.
nJe parle, à tout le monde, je les saoule de paroles.
nJe passe des heures le mercredi à la crèche de GumBoy (il y va en périscolaire) afin de voir des adultes que je connais, qui me connaissent, qui m’écoutent, qui m’aident.
nJe parle à ma pédiatre, qui prenant mon état au sérieux, m’aide, me propose de m’orienter vers une cellule de soutien psychologique. Offre que je décline gentiment, sentant au fond de moi que je suis en train d’envisager de voir le bout du tunnel.
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nA force de parler de mes problèmes à tout le monde (je te jure que si j’avais croisé un chien avec un chapeau, je l’aurai arrêté pour taper la discute) je réalise peu à peu que cette naissance à recomposé totalement notre famille et que dans ce nouvel ordre je n’ai pas trouvé ma place.
nJ’ai tout fait pour préserver DrumMajor et me suis pris tout le quotidien sur le dos, j’ai tout fait pour préserver GumBoy et qu’il devienne grand frère naturellement et non dans la douleur, j’ai tout fait pour subvenir aux besoins vitaux de MissT, mais moi, je me suis complétement oubliée. J’ai zappé que j’avais aussi besoin de prendre soin de moi, d’écouter mes envies. Pas étonnant que je ressemble désormais à une sorcière et que d’envies je n’en ai point.

nParallèlement je m’accroche à l’allaitement, je n’y prend, je l’ai déjà dit, aucun plaisir, mais je m’accroche. J’ai eu trop de mal à faire le deuil de mon premier allaitement foiré et puis mis à part mon manque de motivation à me faire téter le nichon 10 fois par 24h, tout va bien de ce coté là. Je semble avoir assez de lait, MissT tète efficacement et à part quelques crevasses vite traitées, tout va bien. Je me jure que je n’abandonnerai pas avant d’y avoir pris un minimum de plaisir. Je reprend en main l’alimentation de mon bébé. Je stoppe le rituel du biberon du soir donné par Drum. De toutes façons, ça ne la fait pas mieux dormir et puis ça me saoule d’avoir à tirer du lait dans la journée.
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nAu fond de moi, une nouvelle envie arrive, une envie de combattre. Ha tu veux me faire chier petit bébé de quelques semaines ! Ben dis toi bien que c’est pas toi qui va gagner la guerre.
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nAlors tout doucement je définis ma stratégie, je place mes pions, j’encercle ennemie et espère qu’elle capitule.
nLes vacances de février sont un moment rêvé pour m’occuper de l’épineuse question du sommeil. Mes parents s’occupent de GumBoy, je n’ai plus qu’à retrousser mes manches et lui apprendre à s’endormir sans nichon dans le bec.
nAlors je me bas, chaque sieste est une lutte. Elle hurle, je chiale mais je tiens bon.
nPetit à petit je trouve le rituel qui va l’aider à trouver le sommeil. DrumMajor mon héros, sors une arme secrète de dingue : la couverture d’emmaillotement. Avec cette couverture miracle, le réflexe de Moro est contenu et le bébé n’est plus réveillé par ses bras qui battent la mayonnaise. Je vous jure que cet achat a sauvé ma santé mentale.
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nAu bout de quelques jours, Drum me fait la réflexion « Tiens ça fait longtemps que tu ne l’as pas traité de pétasse« . Ben ouais, j’ai l’impression d’avoir un peu prise, de ne plus patauger dans une mer de gelée bloblottante.
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nMissT a 10 semaines, elle commence enfin à ne plus trop me faire galérer la nuit. Les tétées de nuit sont rapides et un jour, miracle elle se rendort au bout de 15 minutes et moi je peux retourner au lit. Petit à petit on passe de 3 à 2 puis à une seule tétée de nuit. Je retrouve figure humaine. MissT est également moins fatiguée, elle dort maintenant de longues heures et pleure moins.
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nLe jour de son premier sourire « social » est comme une deuxième naissance. Une intense vague me submerge. Je pleure, mais de joie cette fois-ci. Je pleure à grosses larmes chaudes et épaisses, je pleure de soulagement, de fatigue et d’amour enfin.
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nLorsque j’écris mon témoignage, MissT va sur ses 5 mois, elle dort désormais 12h par nuit, elle est adorable, souriante. Elle pleure peu. Doucement elle ouvre ses grands yeux bleus sur le monde qui l’entoure et qu’elle semble vouloir découvrir avec avidité. Elle rit des aneries de son frêre. Elle est belle et douce. Elle est toujours allaitée et j’aime ça. Elle est juste magnifique et je pourrais passer mes journées entières à la câliner et la couvrir de baisers.nCet épisode de ma vie n’a duré finalement que quelques semaines et je m’en suis sortie sans trop de bobos, mais en donnant la vie à MissT, je ne savais pas qu’elle serait mon dernier bébé. Maintenant je suis sûre de ne jamais vouloir revivre un truc pareil et j’ai donc décidé de faire le deuil d’une éventuelle prochaine grossesse. Je vais bien maintenant et je ne remercierai jamais assez toutes les personnes qui ont croisé ma route, même ceux qui m’ont donné des conseils cons et foireux (mais ne m’attendez pas dans vos cabinets de consultation, car j’irai voir ailleurs désormais).
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nEdit : 2 achats qui m’ont vraiment aidé :
nCouverture à emmailloter : Couverture Miracle™ de RED CASTLE
nLe Livre : Le sommeil, le rêve et l’enfant de Marie Thirion et Marie-Josèphe Challamel
nC’est pas pour faire de la pub, mais ça a vraiment été efficace!

(13 commentaires)

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  1. Isabelle dans les étoiles

    On n’imagine pas que cela puisse être aussi dur la maternité. C’est toujours présenté de façon tellement idyllique que quand une dépression te tombe dessus tout le monde doit te regarder de travers.

    Merci de ton témoignage car perso cela me fait réfléchir à la question.

    Ici on envisage un bébé 2 et je prends conscience que tout n’est pas toujours simple.

    Déjà que la Sucrette est un bébé exigeant (on frôle le BABI parfois), tes billets me permettent de me dire que si cela devait m’arriver il faudra que je fasse en sorte de ne pas sombrer et de prendre la situation en mains avant que cela n’aille trop loin.

    Merci FoxyMama! Des témoignages comme ça sont INDISPENSABLES!

    >> Merci Isabelle, le truc c’est que tu peux pas te préparer à ça. Ca te tombe dessus point barre. Je savais qu’avoir un bébé n’était pas facile car GumBoy avait ouvert la voie, je savais également que le manque de sommeil me transforme en une espèce de gorgonne, je savais également que ma période préférée n’est pas celle où le bébé n’est qu’un nourrisson. Mais là j’ai été dévastée. Le tout c’est de savoir ce tourner vers les bonnes personnes et ne surtout pas s’enfermer dans sa tête. Sinon c’est le drame assuré. GumBoy sans le savoir a été très secourable, j’avais hate d’aller le chercher le soir à l’école pour avoir une conversation avec lui.

  2. PetitDiable

    C’est vraiment super que tout aille mieux aujourd’hui, mais par contre je n’en reviens pas qu’une seule personne t’aie aiguillée vers une thérapie! Non pas que ça soit la solution miracle mais au moins, te proposer quelque chose, reconnaître ton état!
    Bonne et longue et heureuse vie à 4!

    >> Moi aussi je trouve que le suivi post natal n’est vraiment pas top. Ma SF proposait une rencontre avec les bébés après la naissance, j’y suis allée et ça m’a fait du bien. Seule ma pédiatre m’a fait remplir un questionnaire pour évaluer ma capacité à chialer à toute heure du jour et de la nuit, et devant le score catastrophique m’a aidé.

  3. Giu

    Put*** tu m’as fais chialer avec ton histoire !!! C’est tellement courgeux de ta part d’oser dire tout ça ! et moi non plus je n’en reviens pas que personne d’autre n’ait réellement pris en considération ton mal-être. C’est encore plus courageux de ne pas avoir baisser les bras et d’avoir pris à bras le corps ton souci et au final tu t’en es sortie toute seule. Je te félicite d’être aussi combative !!
    Profites bien de la vie à 4 maintenant !!

    Biz

    >> Merci Giu 🙂

  4. alameresi

    Félicitations pour ce récit et pour le courage de l’exprimer avec autant d’honnêteté.
    Tu as eu la force de régler cette situation en peu de temps finalement (mais un temps qui a dû te paraitre une éternité…). Avoir le courage d’en parler autant autour de toi a dû bcp t’aider même si les réponses étaient parfois inadaptées …

    >> Avec du recul, même les réponses inadaptées comptent, car tu sors du cabinet avec un sentiment de frustration mais c’est un sentiment quand même qui aide à remplir le vide intérieur.

  5. babidji

    j’ai les larmes aux yeux d’émotion … ce que je te disais sur le post d’avant je n’ose imaginer ce que tu as vécu alors qu’avec 2 bébés juste parfait qui ont dormi tt de suite, j’ai quand même pété des plombs considérables ! je suis abasourdie par le manque de recul et d’analyse de certains spécialistes ! (le généraliste au secours ! il attend quoi ? un syndrome de nourrisson secoué ???? comment peut-on être si peu formé … et au pire si on ne sait pas on conseille d’aller voir qqun !) moi c’est pendant la grossesse de n°2 que j’ai été imbuvable, insupportable et hystérique … j’ai honte et j’ai mal quand je vois ce que j’ai fait subir à n°1 en lui criant tt le tems dessus ou en lui demandant des trucs comme à une ado alors qu’elle n’avait que 2 ans 1/2 !!! j’ai eu de la chance qu’elle ne fasse pas un rejet totale à l’arrivée de n°2 qui avait transformé sa mere pdt 9 mois en monstre !!! bref c’est tellement irrationnel et incontrôlable ces dépressions hormonales … en ts les cas chapeau car ta sortie du tunnel tu ne la dois qu’à toi même, ton témoignage est essentiel ! tu rends service à bcp de femmes !

    >> Finalement les professionnels du corps médical qui m’ont aidé sont les femmes, les hommes eux, ont balayé le problème, le ramenant uniquement à la fatigue. Évidemment la fatigue est présente, c’est normal, mais ils n’ont pas su déceler ce truc qui clochait. J’ai rencontré les bonnes personnes au bon moment car j’étais vraiment sur le fil au moment où ma pédiatre m’a posé LES questions qui fallait. J’ai trouvé génial qu’elle prenne aussi en compte mon état et ne se borne pas à faire les analyses de routine sur MissT. Et elle a continué à prendre de mes nouvelles ensuite, ainsi que ma SF. Des perles!

  6. Clumsy

    J’ai attendu de tout lire pour enfin commenter . Déjà bravo pour avoir eu le courage de partager tout ça avec nous. Moi aussi j’en ai bavé parfois mais la chance que j’ai c’est d’avoir une énorme famille, très présente.
    Ce que j’aime dans ton récit, c’est que tu as eu la force d’en parler et ça c’est le début, avec la maternité j’ai appris que mettre des mots sur ce qui ne pas, ça aide énormément !! merci pour ce témoignage 😉

    >> Merci Clumsy, se sentir entourée et parler c’est primordial.

  7. thalie

    Pareil que tout le monde… félicitations d’avoir eu le courage d’en parler et surtout merci..
    Grâce a toi j’ai compris que je n’était pas la seule.. pas avec numerobis qui vient de pointer le bout de son nez, mais avec number one. Il m’a tellement épuisé a dormir que 2 fois 30 min la journée et 2 tetee la nuit que lorsqu’il a commencé a hurler pour le plaisir la nuit, pendant des heures, je me suis surprise a l’engueuler en le secouant presque… heureusement que l’homme était la pour me le prendre et m’envoyer dormir dans la chambre d’ami….
    En 2 mots  » Putain d’hormones ».
    Et encore merci pour ton témoignage.

    >> C’est ça, tu as l’impression qu’ils gueulent « pour le plaisir » de gueuler, quelquefois, on peut comprendre le syndrome des bébés secoués (sans excuser le geste évidemment) En plus number one il a fait ses nuits vachement tard non? T’as du me haïr à l’époque 🙁 Et sinon t’es déjà de retour à ta maison? j’ai hate de voir des photos de numerobis.

  8. MissBrownie

    Tu fais une sacrée pub à la couverture d’emmaillotement avec ton billet 😉
    C’est le redcastle que tu as ?

    >> Oui c’est la Redcastle, j’ai essayé la méthode traditionnelle avec un grand lange mais c’est qu’elle se débattait la bougresse. Dans la Redcastle au moins elle était bien maintenue. J’ai juste eu du mal à l’en sevrer.

  9. LamamandeEma

    Bonne fête des mères ma chérie, tu en es ressortie plus forte de cet épisode.
    Difficile de s’exprimer derrière un tel témoignage. On a toujours été avec toi en pensées.
    Notre présence proche aurait peut être aidée à modérer certains accès.
    Félicitations d’avoir réussi à mettre des mots sur ces moments.
    Cette confession t’aura aidée à te stabiliser, et à voir que MissT est un super bébé.
    À leur manière, tes hommes aussi t’ont soutenue

    >> Bonne fête des mères aussi 🙂

  10. Alecto

    J’adooore les happy end!
    Je suis comme vous la couverture miracle nous a sauvé tant pour les nuits que pour l’oubli des terribles crises de colliques!
    Je vous souhaite une belle vie!

    >> Merci et bienvenue. La couverture miracle n’est pas assez connue mais elle est véritablement efficace.

  11. Alecto

    J’adooore les happy end!
    nJe suis comme vous la couverture miracle nous a sauvé tant pour les nuits que pour l’oubli des terribles crises de colliques!
    nJe vous souhaite une belle vie!

  12. Mamanlit

    Merci d’avoir pris le temps d’écrire ceci.
    De mettre les mots sur cette souffrance.
    J’ai fait une belle dépression post partum aussi. Après la naissance du deuxième aussi. Une fille après un garçon.
    Ici, elle s’est déclenchée aussi à cause d’un accouchement étrange; après avoir manqué d’y passer, je n’ai plus voulu dans ma vie que ma fille et moi. Le papa me saoulait, le fils ainé (de 3 ans) me dérangeait et le monde entier m’emmerdait. J’aurais pu vivre en autarcie avec ma fille pendant des jours et des jours. si j’avais pu la refaire rentrer dans mon ventre, je l’aurais fait. Juste elle, mon mini bébé bonobo et moi.

    Et moi, finalement je suis allé parler. Je suis allé dire à un pro tout ce qui n’allait pas. Il m’a aidé à prendre du recul. Il m’a fait comprendre que cette petite fille n’était pas que la mienne. Elle appartenait aussi à son père, à son frère. Ils avaient besoin d’elle et de moi.

    Ce fut douloureux…
    Maintenant elle a 3 ans.Et il me reste parfois la nostalgie de son petit corps de bébé tout contre moi blotti dans l’écharpe.

    >> Bienvenue Mamanlit, merci pour ses  mots. Nous les femmes portons l’humanité et c’est quelquefois trop lourd. Belle vie à ta famille !

  13. Babouboba

    C’est tellement important d’en parler, OMG !!!! Et comme tu le dis, le problème c’est qu’on peut bien être au courant, on n’y est jamais préparé… J’ai 3 loupiots, de 7et demi, 5 ans et 10 mois, et pour chacun, il y a eu période, entre 4 et douze semaines, où j’ai flanché, plus ou moins fort, plus ou moins longtemps, où la fatigue, le raslebol, l’énormité de la tâche, le changement provoqué par l’arrivée du bébé, nous rends malade, parfois quelques heures, parfois quelques semaines, quelques mois..; On pleure, on devient un zombie, on en veut à l’homme, au bébé, à la terre entière, on ne se sent pas capable, on culpabilise, on stress pour tout… J’ai même fait de l’eczéma de stress pour mon 3e… Aujourd’hui tout va bien, bien sur, cela se passe le plus souvent ainsi, mais il est oh combien important que nous soyons aussi reconnue dans ces moments là, encouragée, soutenue, calinée, aidée… Oh que c dur, encore aujourd’hui quand j’y pense, et pourtant moi-même je ne pense pas avoir fais une vraie dépression, mais un bon gros baby-blues de merde, ça oui !!!!!

    >> Bienvenue à toi Babouboba 🙂 pas facile de devenir mère au 21° siècle!

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