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Déc 04

J’ai lu « Tigre, tigre ! » de Margaux Fragoso

J’ai pour habitude de dire que ce n’est pas moi qui choisit les livres mais que ce sont eux qui me choisissent. Il m’arrive souvent de fureter à la bibliothèque ou à la librairie sans idée préconcue. En général, je tombe en arrêt devant une couverture, un titre, le poids, le format ou encore l’odeur d’un livre.
nMa relation aux livres s’apparente à une relation charnelle. Une fois acheté, je vais sortir le livre plusieurs fois de son emballage, le respirer, le feuilleter, lire et relire la 4° de couverture, autant de préliminaires qui me préparent à m’engager la lecture.
nUne fois plongée dans le livre, je deviens avide, je lis quelquefois plusieurs heures de long sans pouvoir m’arréter, happée entièrement par le récit. J’aime, je ris, je souffre, je pleure avec les personnages (moi?empathique?) Aucun livre ne me laisse vraiment indifférente, à tel point qu’il me faut absolument enchainer sur la lecture d’un nouveau dès que je termine un livre, sinon c’est l’insomnie assurée.
nQuand je me suis inscrite aux matchs de la rentrée littéraire de Price Minister, « Tigre, tigre ! » de Margaux Fragoso m’a tapé dans l’oeil, parce qu’il était en bout de liste, un peu à part, parce que la couverture m’a intrigué, alors je l’ai choisi. Et puis cette histoire de pédophilie décrite en 4° de couverture me parlait, pourtant j’avais un peu peur de m’ennuyer, que ça parle de psychologie, que ça manque de « roman »

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n« Je peux jouer avec toi ? »
nLorsque Margaux 7 ans rencontre Peter Curran à la piscine un jour d’été, il a 51 ans et joue de bon coeur avec 2 garçons que Margaux prend pour ses fils. Margaux est une petite fille perdue entre une mère qui accumule les séjours en hopitaux psychiatriques et un père alcoolique, violent et autoritaire dont on ne saura jamais si il aime sa fille ou non.
nPeter invite la petite fille et sa mère chez lui pour jouer avec ses beaux-fils, elle découvre alors un petit bout de paradis dans cette grande maison toujours en travaux, un coin d’exotisme peuplé d’animaux, un fantastique lieu d’évasion.
nPetit à petit, Peter va s’insinuer dans cette vie d’enfant. Chez lui, tout est permis. Margaux s’amuse, Margaux rit, Margaux s’échappe du quotidien de son foyer ruiné par ses parents. Comment, du haut de ses sept ans, pourrait elle comprendre qu’il y a en cet homme quelque chose de pas normal ?
nCar Peter Curran, lui, a tout de suite trouvé la faille de cette petite fille, il a bien compris son besoin d’amour, de reconnaissance. Dès lors il n’aura de cesse de la flatter, de l’idolatrer et une relation de confiance va naitre entre eux, Peter devenant l’ami, le confident et même le père de substitution de la petite Margaux. Très vite elle devient complétement addict à ses visites chez Peter plusieurs fois par semaine.
nPeter Curran, semblant avoir gardé une âme d’enfant, va manipuler Margaux et lui faire croire que l’amour qui les unit doit aller plus loin que leur simple amitié, que son corps de petite fille est beau et naturel, qu’elle n’a aucune honte à le cacher à ses yeux. Cet homme va même promettre le mariage à cette petite fille de 8 ans et lui faire célébrer cette promesse d’union par une pipe, planqués dans la cave.
nMargaux n’aime pas ça, mais elle est sous l’emprise de son bourreau et ne conçoit pas lui refuser les attouchements sexuels qu’il réclame sous peine de le perdre. Car perdre Peter, serait pour Margaux, l’impensable retour à sa vie de famille disloquée.
nCette relation va durer 15 ans et se terminer par le suicide de Peter Curran à 66 ans. 15 ans pendant lequels Peter va non seulement abuser sexuellement de cette fillette mais également complétement déformer sa vision du monde et des relations sociales. Margaux devient une jeune fille puis une adolescente torturée et dépressive. Pendant 15 ans, tout le monde « sait », la mère, le père, Inès chez qui Peter vit, les beaux-fils, mais tout le monde se tait. Il y a bien des tentatives molles de la part du père de Margaux pour l’extraire des griffes de son prédateur, mais aucune n’aboutira.
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nLa lecture de « Tigre, tigre ! » a été une vraie épreuve pour moi. J’étais Margaux, je souffrais mais j’étais fascinée par la lecture. J’ai fait de nombreux cauchemars, de grosses insomnies à cette période tant j’étais tourneboulée.
nCe récit est autobiographique, c’est son enfance que Margaux Fragoso nous livre. La force de ce roman réside dans le fait qu’elle nous parle avec toute son innocence de petite puis de jeune fille. Du haut de mes 32 ans, j’avais envie de lui hurler « Non, il ne t’aime pas, c’est un odieux pédophile ! Ne le crois pas ! Cours loin de ce monstre » de lui ouvrir les yeux « Margaux, tu n’es pas la seule petite fille dont il a abusé, c’est un prédateur, un pédophile en série« . J’avais besoin de lui apprendre que les relations entre gens qui s’aiment d’amour ne se résument pas à des pipes ou des branlettes au fond d’une cave ou enfermés dans une chambre sordide.
nImpuissante, j’ai assisté à 15 ans de torture mentale, j’ai vu les pseudo manifestations d’amour de Curran comme autant de preuve de sa perversité sans pouvoir protéger cet enfant. Ce sentiment d’impuissance, cette envie de secouer les puces de tous les protagonistes qui vont de près ou de loin s’intéresser aux relations troubles existant entre cette enfant et cet homme mur ne m’a pas laché de tout le récit.
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nPlusieurs fois, j’ai failli abandonner la lecture pourtant je l’ai fini, car au delà du témoignage il y a le somptueux travail d’écriture de l’auteur. Margaux Fragoso a été capable de rendre cet horrible récit fascinant, elle arrive à nous faire voyager à travers l’insoutenable. Cette jeune femme nous embarque pour 15 ans d’horreur entre naîveté, précision et surtout aucun jugement sur les protagonistes, ce qui donne à son récit une profondeur et un recul admirables.
nQuelques semaines ont passé depuis que j’ai lu les dernières lignes et je ne sais toujours pas si j’ai aimé ce roman ou si je l’ai détesté. Je ne sais pas non plus dire si j’aurai la force de le relire un jour. Cependant on m’a demandé de le noter. Je lui donne donc la note de 20/20 (pourquoi donner 19 ou 18 alors que le travail de l’auteur est simplement incroyable ?)

(6 commentaires)

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  1. Lalotte

    Outch…
    nUn livre que je ne saurais lire jusqu’au bout… « Un passé » m’empêche de lire ce genre d’ouvrage trop poignant!
    nMerci pour ce partage.
    nDes bisous!

  2. MamanL

    Rien que de lire ton article me donne envie de courir acheter ce livre. Ce récit doit être bouleversant mais si le travail d’écriture est bien fait alors il mérite d’être lu et apprécié. Merci pour ce partage, 🙂

  3. alameresi

    Merci, tu m’as donné très envie de foncer l’acheter. J’aime les lectures qui me retournent le cerveau, j’aime détester certains personnages, vouloir secourir les autres, j’adore ne pas réussir à lâcher un roman des mains….

  4. LamamandeEmma

    C’est un résumé magnifique, qui donne envie de se plonger dans cette autobiographie
    nCe livre doit dur à lâcher, dur à aller jusqu’au bout.
    nJe suis comme toi, non tu es comme moi, c’est le livre qui nous choisit. Et pourtant, nous n’avons pas les mêmes goûts littéraires.
    nMais ce résumé incite vraiment à aller à la découverte de cette vie brisée.

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