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Sep 04

Elle me parlait de sa guerre

Je ne comprenais pas toujours pourquoi elle me parlait de la guerre, de sa guerre comme elle disait.

Elle me racontait les bruits de bottes des « boches » comme elle n’a jamais cessé de les appeler. Clac, clac, clac. Elle imitait le bruit de leurs bottes vernies sur le pavé.

Elle me racontait les sirènes qui signalaient les bombardements, les descentes dans les caves, la cohabitation pendant plusieurs heures avec les familles voisines, le soulagement de se rendre compte que tout les monde répondait présent à la fin de l’appel.

Elle me parlait des destructions, des bâtiments rasés par les bombes.

Et moi je ne comprenais pas toujours pourquoi elle me parlait de toutes ses horreurs.


Et puis elle m’a raconté leur fuite, la fameuse « Poche de Dunkerque ». Elle m’a dit son bien le plus précieux : son piano qu’il a fallu laisser derrière elle. 

Elle m’a raconté cette marche, elle l’appelait « l’Exode »,elle me disait les raids aériens, les gens qui se précipitaient dans les fossés. Tacatacatac. Le bruit des mitrailleuses. Elle me parlait des morts, de ceux qui ne verraient jamais le bout du chemin.

Elle m’a parlé de la Bretagne, des tickets de rationnement, de son manteau qui non seulement était usé par les années mais était devenu trop étroit car sa poitrine avait poussé d’un coup. 

Elle me racontait les combines, la survie. Elle me disait les épreuves de son bac annulées pour cause du débarquement allié. Elle m’a dit enfin, les américains, la libération, la liberté !

Et moi je l’écoutais, toujours habillée de neuf, souvent en train de manger une copieuse assiette. Je l’écoutais et me demandais pourquoi si souvent ses souvenirs vieux de 50 ans sortaient de sa bouche. J’étais triste pour elle, car elle avait du laisser en fuyant son bien le plus précieux : son piano et qu’il avait disparu pendant la guerre, sa guerre.

J’ignorais alors que son bien le plus précieux c’était sa vie.

Ma grand-mère, elle a du fuir la guerre, sa famille a eu le couragede fuir l’horreur et la barbarie nazie. Oh, elle n’a pas eu à parcourirla moitié d’un continent, juste quelques centaines de kilomètres. Cequ’elle a trouvé au bout du chemin, ça n’était pas le luxe, mais c’étaitun toit, de la nourriture, l’éducation, de l’entraide. Elle m’enparlait tout le temps de sa guerre. Je suis sûre que vos vieux vous enont parlé beaucoup de leur guerre, car ils en sont sortis vivants. C’était il y a quelques dizaines d’années, c’était hier …

A votre avis, qu’auront à raconter à leurs petits enfants lessurvivants des guerres qui font rage ? qu’auront à raconter tous lesmigrants qui affluent désespérés ? tous ces êtres humains qui fuientl’horreur ?

Puisque les gouvernements sont incapables de proposer des solutions,puisque certains politiques vont jusqu’à considérer ces pauvrespersonnes comme des nuisibles à éradiquer, parce que oui! certains seréjouissent à demi mots de tous ces morts, puisque l’indifférence estgénéralisée. J’en appelle à l’humanité de chacun pour agir, j’en appelleà la solidarité, bougeons-nous, soyons humains, ne laissons pasl’espèce humaine se transformer petit à petit en monstruosité !

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Illustration de Crayon d’Humeur

Pour ma grand-mère, pour vos grand-parents, pour nos descendants qui seront peut-être un jour à leur tour des migrants …

Et pour vous projeter je vous invite à lire cet excellent billet de « un BB 3.0 »  : Si j’étais une migrante

(6 commentaires)

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  1. Miss Plume

    Bravo et merci pour cet article qui me parle tant.
    nComme toi, j’ai vécu ces récits de guerre que je n’ai jamais pu oublier. Ma grand mère avait connu également la guerre et les massacres.
    nNous avons non seulement le devoir de mémoire au sens général, mais le devoir de nous souvenir de chacun d’eux avec leur histoire propre. Ces gens aujourd’hui sont les mêmes que nous, comme je l’ai écrit dernièrement, à un détail près du lieu de naissance…
    nTes propos disant qu’un jour les migrants ce seront peut être nos enfants qu’on attendra arme au poing, je les ai aussi écrit…
    nNous avons vraiment la même pensée et je te remercie de cet article qui m’a beaucoup touchée.

  2. Mel

    Mille merci pour cet article!!! Enorme plaisir de retrouver cette plume et ses mots justes!! Même si j’aime aussi la légèreté des autres articles…

  3. Fred / Une souris bleue

    Bravo pour cet article tellement touchant. J’aime beaucoup ton approche et je vais le partager car ça ça parle à tout le monde …

  4. sophie mum

    un super article emouvant et j’espère qu’il fera bouger les choses

  5. Isabelle de Guinzan

    Oh que ça me fait du bien de lire un peu ces mots, qui se font beaucoup trop rares je trouve ces temps-ci ! C’est peut-être la grossesse qui me rend plus sensible, mais j’ai l’impression de n’entendre qu’un flot d’horreurs que je trouve de plus en plus insupportables, dans la bouche de politiques comme de connaissances…

  6. 沖縄県の塾講師アルバイト

    沖縄県の塾講師アルバイトのかたちはこちら。色々さくと思います。

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