Aujourd'hui je vais faire chialer dans les chaumières parce que cette histoire c'est l'histoire de ma vie.
Tu sens dejà ton oeil s'humidifier ?

Quand j'étais gamine, genre collège, je ne me suis rendue qu'à un seul goûter d'anniversaire, en 4 ans, ça a été le seul. Est-ce que ça ne se faisait pas à l'époque ? Ou est-ce que simplement je n'étais pas invitée ? Je m'en souviens bien de ce goûter, de la gène épouvantable de tout le monde pendant le quart d'heure américain, des ballons, du gateau.

Quelques années plus tard, me rendant compte que je n'étais invitée à aucun anniversaire, jamais, j'ai eu une illumination :
Peut-être que si moi-même j'organise une boum pour mon anniversaire, je serai invitée en retour.
Ca m'a fait prendre conscience du principe de réciprocité, sacré leçon de vie.

Le jour de ma boum est arrivée, c'était un samedi. Ma mère avait poussé les meubles de la salle à manger le long des murs et avait acheté un gateau au supermarché le matin même. Mon père avait roulé le tapis, moi j'avais descendu la mini-chaine de ma chambre, ça serait grandiose.

Depuis 15 jours j'avais bien prévenu tout le monde en classe. L'heure, le plan, j'avais demandé à 2 ou 3 mecs "cools" de ramener du son, ce serait ma première boum, je faisais la blasée mais j'étais exitée comme un morbak.

L'heure approchant je jettais un coup d'oeil toutes les 3 secondes par la fenêtre pour voir arriver les invités. Mes 2 copines se sont pointées à l'heure. Ensuite ça a été bizarre, nous avons attendu toutes les 3 debout dans ma salle à manger vidée de ses meubles, sans musique puisque j'avais demandé à 2 ou 3 mecs "cools" de ramener du son et qu'ils n'étaient pas là.

Le temps passant, j'ai été assaillie par un affreux sentiment, le sentiment que personne ne viendrait à ma boum, qu'on allait rester là comme 3 connes, sans musique, debouts dans une pièce vide.

Alors j'ai coupé le gateau, me disant que ça allait faire venir les gens. On l'a mangé debouts, dans une pièce vide, sans musique. Et la sonnette a retenti, putain les invités! Je les avais limite oubliés.
C'était effectivement un invité, un mec de ma classe, tu vois le genre de mec cool dont toutes les filles étaient amoureuses, ben c'était pas lui... Lui c'était plutôt l'exact contraire.
Ah! Et puis il m'avait apporté un cadeau : un portefeuille vert en tissu avec des scratchs que tout Dunkerque avait eu gratuitement avec l'abonnement au cable.

Je lui ai tendu une part de gateau, il l'a mangé debout. On a continué d'attendre comme 4 cons, sans musique dans la salle à manger sans tapis.
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J'ai compris que personne ne viendrait, j'ai tenté d'appeler un mec, mais c'est sa mère qui m'a répondu qu'il n'était pas là, à l'époque personne n'avait de portable. J'avais juste envie qu'ils se cassent de chez moi mes 2 copines et ce mec cheulou, j'avais envie que mes parents reviennent, que mon père remette le tapis et les meubles en place, j'avais envie de remettre ma mini-chaine dans ma chambre, de m'enfermer dans mon placard et de chialer.

J'ai supporté mon humiliation toute une après-midi, mes copines ne voulaient pas partir, pensant certainement que leur présence me réconfortait. Le mec cheulou était trop content d'être invité quelque part alors il ne voulait pas décaniller. C'était ça mon erreur, quand on est au lycée, on n'invite pas les gens à une boum le samedi après-midi, on organise une soirée avec de la bière, seconde leçon de vie. Seulement moi c'était ma première boum et si j'en avais trouvé un à ma taille, j'aurai mis un déguisement de fée clochette.


De cet après-midi pourri, je n'ai rien osé dire à mes parents, j'ai répondu à leurs questions un laconique : "ça c'est bien passé". J'imagine qu'ils ont du les trouver rudement bien élevés mes camarades d'avoir laissé la maison si propre et bien rangée.
Ce non-évènement m'a oté pendant le reste du lycée l'envie même de cotoyer les gens de mon école. Je me suis mise à part, j'ai vécu ma vie avec un noeud de haine au fond du coeur pour ces mecs et ces filles qui ont pietiné de leur inconséquence ma première fête d'anniversaire.


Au cours du mois de Janvier, j'ai vu des cartons d'invitation à des anniversaires passer dans la classe de GumBoy, il n'en a reçu aucun et ça me bouffe. J'ai tellement envie de le voir revenir fièrement avec une invitation officielle, un sésame pour l'amusement, un putain de papier qui me prouverait qu'il est intégré, qu'il a des copains, qu'il n'est pas comme moi, le vilain petit canard de l'école.

Ai-je raison de me faire du souci ou est-ce-que je suis en train de devenir folle ?