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Mai 05

Le jour où je me suis réconciliée avec mon adolescence

On se souvient tous de ce qu’on faisait lors des grands évènements marquants de l’histoire. Il n’y en a qui n’oublieront jamais où ils étaient lors des attentats du 11 septembre, ou de leur réaction lorsqu’ils ont appris la tuerie de Charlie Hebdo. Moi je n’oublierai jamais le jour où j’ai appris la mort de Kurt Cobain, j’avais 14 ans. J’allais passer mon brevet quelques semaines plus tard (puis commettre une erreur capillaire dont nous ne reparlerons pas)

J’avais 14 ans et j’étais au bord de l’overdose d’hormones, j’étais moche, je me sentais différente j’éclatais mes pustules d’acné, les autres me rejetaient, j’étais loin d’être la fille populaire du collège en fait je n’avais que très peu d’amis mais j’avais Kurt et sa musique et sa voix et sa guitare qui hurlaient mon mal-être. J’avais Kurt sur qui je pouvais compter pour mettre des mots incompréhensibles sur mes pensées sans queues ni tête. J’avais sa voix tantôt grave, tantôt beuglante qui me hurlait aux oreilles qu’il était différent lui aussi et qu’il avait mal comme moi. J’avais sa guitare qui me balançait des larsens plein la tronche comme autant de coups de couteaux que j’aurai voulu balancer à l’humanité. J’avais Kurt, je mettais mon casque sur les oreilles, je montais le son à fond et je communiais avec lui, sa rage devenais la mienne. 

« I’m not like them
But I can pretend
The sun is gone,
I have a light
The day is done,
I’m having fun
I think I’m dumb »

J’avais Kurt, pas comme toutes ces connes qui le trouvaient trooooooop boooooo (connasses je vous pardonne). j’avais Kurt parce que c’était le seul qui me comprenait. Mes parents ne me comprenaient pas, ma sœur ne me comprenait pas, les autres se foutaient de ma gueule, je les haïssais, je me haïssais, j’étais limite nervous breakdown.
Et Kurt m’a abandonné ce jour d’avril 1994, ça a été le vide au milieu de mon bordel intérieur. J’ai été dévastée. Et puis les informations à l’époque tu les avais au journal de 20h, alors j’ai pleuré au milieu du salon familial devant Bruno Masure à la télé. J’ai bien entendu parler de ces rumeurs de meurtre, mais pour moi la finalité était la même, Kurt mon âme-sœur m’avait abandonné.

J’ai continué à être adolescente, toujours torturée, enchainant conneries sur conneries, différente de tous ces moutons bêlants qui m’entouraient et que j’emmerdais de toute ma petite personne. J’ai été en révolte pendant pas mal d’années et consécutivement une fille plutôt seule et malheureuse.

« just because you’re paranoid
Doesn’t mean they’re not after you. »

cobain_love_montage_of_heck.jpg

Devenue adulte, j’ai appris à vivre avec la révolte et avec les idées tordues. Si je suis rentrée dans le rang ? Définitivement non, quand on m’oblige à faire quelque chose il y a toujours un beau gros doigt d’honneur qui me démange. Pourtant je ne m’étais jamais réconciliée avec mon adolescence. Moi ado je me détestais, je détestais cette petite personne exécrable qui n’avait pas compris qu’être rebelle et féministe était une putain de chance et qui avait gâché tant d’années à s’appesantir sur son malheur et son acné plutôt que d’agir.

Alors que vient faire Kurt Cobain dans cette réconciliation ?

Bonne question, j’avoue qu’au moment où j’écris ces lignes je sais ce que je ressens mais j’ai encore du mal à y mettre des mots.

cobain_montage_of_heck.jpg

Voilà, depuis 20 ans j’avais une pensée émue pour Kurt Cobain début avril, anniversaire de son suicide, c’est un peu mon échelle pour estimer le temps qui passe, genre « putain! déjà 10, 15,20 ans« . Et l’autre jour à la radio j’ai entendu qu’un documentaire (genre LE documentaire) sur sa vie serait diffusé au cinéma pour une séance unique. J’ai acheté 2 billets pour cet événement  Cobain : Montage of Heck dans la minute qui a suivi.
Avant la projection j’étais pas trop sûre de moi, je me demandais ce que ça allait donner, mais bon, Nirvana ça s’écoute bien en général. Mais dès les premières minutes du film j’ai été scotchée, je dansais sur mon siège. Je découvrais Kurt Cobain comme personne ne l’avait jamais vu grâce à des images d’archives personnelles de sa famille, j’avais son son dans les oreilles, mes tympans criaient grâce, mon cœur lui, tressaillait de plaisir.
Devant moi, s’étalait tout le génie créatif de Kurt Cobain, ses dessins, sa peinture, ses écrits, putain c’était toujours mon âme sœur. J’ai aussi découvert un Kurt Cobain fidèle en amitié, bourreau de travail, haïssant la critique, fun, amoureux, papa, créatif 24h/24, junkie, tout ce que je ne savais pas car il était pour moi sa musique. J’ai découvert une personne humaine qui s’est laissé détruire par la drogue, qui était dépressif chronique et qui s’est flingué à 27 ans laissant derrière lui une famille, des amis et une œuvre artistique hors norme.

carnet_kurt_cobain.jpg

En sortant de la projection de Cobain : Montage of Heck j’ai eu cette impression que la boucle était bouclée. La fille de 14 ans en moi venait enfin de découvrir que son idole était avant tout un homme dans tout ce que l’humanité a de joli ou bien de très moche. C’était un homme droit dans ses bottes putain ! Qui n’en avait rien à foutre du star système (et ça j’y réfléchis souvent notamment à cause des blogs – à une moindre échelle évidemment). C’était aussi un sale drogué, accro à l’héroïne et ça fait mal de le voir divaguant, complètement shooté et de savoir que ça l’a foutu en l’air.

La boucle est donc bouclée, j’ai fait la paix avec mon moi d’il y a 20 ans, j’ai été insupportablement mal pendant plusieurs années mais je me rend compte aujourd’hui que c’était le fondement de ce que je suis, c’est grâce à Kurt Cobain que je suis restée rebelle, que je suis devenue féministe, que j’en ai rien à foutre quelquefois, que je suis hyper sensible et que je considère que c’est une qualité. Je n’aurais jamais cru penser ça un jour mais mon adolescence de merde a été une putain de chance (oui bon sauf l’acné, à 35 ans il serait peut être temps que ça s’arrête).

A ceux qui m’ont connue à l’adolescence, à l’adulte que je suis devenue, à Kurt, au rock’n’roll putain !

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(5 commentaires)

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  1. missbrownie

    Les filles populaires de ma classe n’arrêtaient pas de parler de Kurt par-ci, Kurt par-là.
    nComme ça me saoulait grave et que je n’étais pas un mouton (je suis rarement un mouton), bah je ne me suis jamais réellement intéressée à sa musique ou à lui. Je suis passée totalement à côté de la folie Kurt Cobain et Nirvana.

    nnn

    A 14 ans, j’avais aussi envie de mettre ma tête dans un sac tellement j’avais d’acné …

  2. Milie

    Mais comme j’te kiffe !

  3. Sib

    Moi aussi je me souviens de ce que je faisais au moment de l’annonce de sa mort. Ça restera gravé ! De mon côté j’étais complètement introvertie et solitaire. Du coup il disait bien haut ce que je pensais tout bas. Bordel ça passe vite quand même !

  4. Lilicerise

    ton billet est magIndique, la période de l’adolescence est rarement la meilleure période de notre vie mais elle contribue à faire de nous ce que nous sommes aujourd’hui.
    nDouces pensées à Kurt

  5. Steph*

    Hiiii j’ai découvert Kurt sur Fun radio vers 12-13 ans. Et pareil pour moi. Je me souviendrai toujours de sa mort quand j’avais 14 ans. J’étais effondrée! Pour être honnête je ne comprenais rien a ses chansons car je ne savais pas les traduire. Personne dans mon entourage n’aimait. Mais il me parlait. Ses chansons me faisaient, me font toujours meme, vibrer. Et il y a 15 jours je me suis offert mon premier tee-shirt Nirvana que je porte fièrement!!!!

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