«

»

Avr 12

Perdue

J’étais maman depuis quelques heures quand on m’a enlevé mon enfant. J’avais idéalisé cette nuit, la première nuit à regarder mon bébé dormir et le cœur débordant d’amour. La chambre double de la maternité m’a volé mon rêve.

Le bébé de ma voisine de chambre hurlait comme un possédé non-stop, paradoxalement c’est mon bébé à moi qu’on a enlevé afin que je puisse me « reposer ». On a déposé mon bébé à la nurserie pendant que le petit hurleur de ma voisine ne me laissait aucun repos.

Ivre de la fatigue de deux nuits blanche, dépossédée de mon si précieux petit garçon, cette nuit-là en allant visiter mon bébé à la nurserie j’ai été incapable de le reconnaitre. Je scrutais ces rangées de berceaux et ces bébé identiques sans mettre la main sur le mien. Une terreur s’est ancrée dans mon inconscient et a forgé mon instinct maternel autour de la panique qu’on m’enlève mon enfant.

GumBoy a toujours été un enfant obéissant et respectueux des règles qu’on lui donne, il peut lui arriver de friser le psychorigide, ni la transgression, ni le lâcher-prise ne sont véritablement ses trucs. Il est très attaché à l’ordre et ses parents représentent l’ordre suprême, aussi il nous colle un peu aux basques.

MissT papillonne, elle est bordélique, elle ne fait pas vraiment attention, elle est insouciante et se sent libre dans sa tête. Elle écoute les règles mais ne fait que ce qui passe par sa petite tête, jusqu’à aller se perdre dans un magasin.

PicsArt_04-12-08.59.15.jpg

Vision d’horreur.

J’étais à Kiabi (Je plante le décor, c’est pas LE petit magasin) pour une présentation de collection. J’avais passé au moins 2 heures dans le magasin à faire « Ooooh » et « Aaaaah », à essayer des trucs et à trainer les 2 enfants qui étaient, selon le théorème de l’enfant dans le magasin : infects au carré (ils sont 2). Nous étions les derniers à passer à la caisse, c’était la fermeture, j’avais des talons, je n’en pouvais plus, au moment de sortir ma carte bleue, plus de MissT.

Plus de MissT, mais plus du tout. Elle était pourtant là à faire l’andouille à côté de moi et la seconde d’après elle s’était volatilisée. Comme elle ne répondait pas à mes appels, je suis partie à sa recherche dans tout Kiabi. La panique étreignant ma poitrine, je parcourais cet immense magasin vide, m’imaginant combien de milliers de planques il pouvait bien offrir à une petite fille qui aurait décidé de s’amuser à cache-cache toute seule.

Je l’appelais : « MissT, MissT !!! c’est plus drôle !!! » elle ne répondait pas. Les secondes semblaient des heures, une aiguille dans un botte de foin. Et je l’ai entendu pleurer, mes talons ne m’ont plus fait souffrir pendant la course folle qui a suivi vers l’ultime fond du magasin et jusqu’au moment où je l’ai serrée à l’étouffer dans mes bras. Putain ma fille.

Forcément j’y ai repensé lorsque je suis retournée dans le même Kiabi pour une nouvelle présentation de collection. Evidemment que j’ai mis en garde MissT, évidemment qu’elle se souvenait bien de l’épisode, évidemment qu’on s’est promis de rester en contact visuel permanent, évidemment que je l’ai perdue une seconde fois…

Flashback dans les années 80, j’étais une petite fille sur une plage du sud-ouest, mes journées de vacances étaient rythmées par les annonces au micro des maîtres-nageurs : « Le petit Nicolas 5 ans, portant un maillot de bain bleu, attend ses parents au poste de secours principal »

Quelquefois la même annonce était réitérée deux, trois fois et je me demandais de quel type pouvaient bien être les parents qui n’allaient pas chercher leur enfant perdu. Souvent en revenant de me baigner j’ai passé quelques secondes les yeux plissés à essayer de localiser l’immonde parasol coloré de mes parents perdu parmi les centaines d’autres immondes parasols colorés. Mon cœur battait plus vite, ferai-je l’objet d’une annonce des maîtres-nageurs ? et surtout combien d’annonces mes parents allaient-ils laisser passer avant de venir me chercher au poste de secours ?

J’ai donc perdu ma fille une seconde fois, dans le même magasin mais pas dans les mêmes circonstances car cette fois le magasin était bondé. GumBoy et la copine A. qui jouaient ensemble au moment où MissT s’est perdue n’en menaient pas large. Je n’ai même pas eu le temps de réfléchir ou de paniquer. Automatiquement je me suis déconnectée de mes émotions, mon corps a agi seul à la manière d’un chasseur, tous mes sens se sont affutés car il fallait que je trouve mon enfant, ma précieuse. Je n’ai aucune idée du temps qu’il m’a fallu, je me souviens surtout de mon sang froid et j’entends encore cette voix qui m’intimait de ne pas paniquer et l’immense soulagement lorsque j’ai apperçu au loin les fins cheveux d’or de ma fille. Assise sur la caisse, dos au monde et visiblement muette de frayeur, elle s’est réfugiée dans mes bras, la dame du magasin m’a dit qu’elle avait répondu « Ze ne sais pas comment ze m’appelle ».

La suite c’est MissT qui me la révélée au moment du coucher. Elle n’a plus vu personne, elle a pleuré et une dame l’a prise par la main pour l’emmener à la caisse.

Bon sang ! Comme si nous n’avions pas assez regardé Raiponce ! Comme si nous n’avions jamais parlé ensemble des méchants qui volent les enfants ! Comme si elle n’avait déjà vécu l’expérience traumatisante de perdre sa maman ! Comment être encore plus vigilante sans pour autant lui couper les ailes ? Comment la responsabiliser ma fille papillon ?

Serait-ce la fin de l’histoire ? Ce serait douter de la capacité de MissT à jouer avec mon cœur de mère.

Partons en Belgique, dans une de ces immenses jardineries dont seuls nos voisins Belges ont le secret. Le genre d’endroit qui nous fait perdre la tête et les repères temporels, le genre d’endroit à l’affluence monstre les samedi après –midi de printemps. Tu devines un peu la suite de l’histoire ?

Pauline et moi avions pourtant tout anticipé, nous avions casé nos filles chacune dans un petit-siège de caddie, ça les faisait bien rigoler les pépettes, tu parles ! Etre en hauteur et faire la course de caddie et même quelquefois changer de maman qui pousse et puis même être à la bonne hauteur pour tripoter un tas de trucs dans les rayons. Las, au bout de quelques heures ça commence à être long pour des demoiselles de 4 ans, qui se tortillent, qui chougnent et qu’on décide de libérer afin qu’elles se dégourdissent les jambons. Nous étions pourtant deux mamans à les avoir à l’œil, mais nous ne les avons pas vues se perdre. Nous n’avons juste eu qu’à constater qu’elles n’étaient plus là. La catastrophe de perdre ma fille pour la putain de 3eme fois !! Elles étaient là, je le jure, une seconde avant ! Elles ne peuvent pas être loin, c’est impossible. Nous fouillons les rayons alentours dans l’espoir de les voir innocentes et toucher à tout. Encore cette angoisse, encore cette urgence, je vois Pauline qui se met à courir, au loin je vois une femme tenant nos filles par la main qui avance d’un pas rapide dans la direction opposée.

Il s’est trouvé que cette femme n’était pas en train d’enlever nos enfants, mais que c’était la directrice du magasin. Elle nous a expliqué avec le plus grand naturel du monde que beaucoup d’enfants se perdaient ici et que les employés ont pour consigne d’embarquer à l’accueil tous les enfants qui semblent être seuls ou perdus.

Laisse-moi te dire que MissT a réintégré fissa le petit siège du caddie pour ne plus en bouger de l’après-midi.

Papillon, je l’ai observé une autre fois, dans un autre magasin. Elle va ou le vent la porte, elle butine de ci, de là sans prendre de repères. Et puis elle se plante, tournant sur elle-même et ne regardant pas plus loin que le bout de son nez « Ha ben zoilà ! Ze suis encore perdue ! ». Insouciance de l’enfance, inattentive et imprudente, mettant à rude épreuve le cœur de sa maman.

signature.png

(5 commentaires)

Passer au formulaire de commentaire

  1. Milie

    ah mais zut !

  2. Fred Unesourisbleue

    Mais tu es une super maman ! J’avais perdu Nolan à 3 ans lors de la visite d’un château : nous étions 4 adultes avec 4 enfants et finalement le risque c’est de penser que tout le monde a un oeil sur tout le monde …

  3. audrey n

    Oh la trouille!!!et 2 fois en plus

  4. Amélie

    Je viens seulement de lire ton article. Je l’ai aussi déjà perdu de vue une fraction de seconde et la panique est toujours la même. Maintenant j’ai peur qu’on me la perde… je ne peux pas m’empêcher d’y penser.

  5. 福井県のブランド品買取の情報はこちら

    福井県のブランド品買取のなるほど核心。果然です。

Laisser un commentaire

WordPress Backup